« Vous avez une mauvaise posture. »
Cette phrase est encore souvent prononcée lorsqu'une personne consulte pour une douleur du dos, du cou ou des épaules.
Pourtant, la réalité est beaucoup plus complexe.
Notre posture évolue en permanence. Elle dépend de notre activité, de notre environnement, de notre fatigue, de nos habitudes et de la manière dont nous utilisons notre corps.
Alors, que peut réellement apporter une analyse posturale ?
Qu'est-ce qu'une analyse posturale ?
L'analyse posturale consiste à observer la manière dont une personne organise son corps dans différentes positions et situations.
L'observation peut notamment porter sur :
- la position de la tête ;
- l'orientation des épaules ;
- la position du bassin ;
- les courbures du rachis ;
- l'appui des pieds ;
- la répartition du poids ;
- la mobilité de certaines articulations ;
- la manière dont le corps s'adapte lors d'un mouvement.
Cette observation peut être réalisée simplement au cours d'un examen clinique ou à l'aide d'outils permettant de mesurer certains paramètres.
Mais il faut distinguer observation posturale et diagnostic.
Une posture observée à un instant donné ne permet pas, à elle seule, de déterminer l'origine d'une douleur.
Une « mauvaise posture » provoque-t-elle forcément des douleurs ?
Non.
C'est probablement l'une des principales idées reçues concernant la posture.
Il n'existe pas une posture parfaite que chacun devrait conserver toute la journée.
Une posture considérée comme « asymétrique » ou « déséquilibrée » peut parfaitement être compatible avec l'absence de douleur.
À l'inverse, une personne présentant une posture relativement symétrique peut souffrir.
Les recherches sur la relation entre posture et lombalgie montrent justement une relation beaucoup plus complexe.
Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2021 a étudié différentes caractéristiques posturales chez les personnes souffrant de lombalgie. Les auteurs ont retrouvé certaines associations entre posture et lombalgie, mais soulignent l'importante hétérogénéité des résultats et l'impossibilité de considérer un paramètre postural isolé comme une cause de la douleur.
Une posture n'est donc pas « bonne » ou « mauvaise » en elle-même.
Elle peut être plus ou moins adaptée à une tâche, à une activité ou à une personne à un moment donné.
La posture est dynamique
Nous ne sommes jamais réellement immobiles.
Même lorsque nous sommes debout, notre corps réalise en permanence de petites adaptations pour maintenir notre équilibre.
Notre posture change lorsque nous :
- marchons ;
- courons ;
- travaillons ;
- portons une charge ;
- regardons un écran ;
- sommes fatigués ;
- faisons du sport ;
- changeons de chaussures ;
- modifions notre environnement.
C'est pourquoi observer uniquement une personne immobile peut donner une information intéressante, mais incomplète.
Une analyse clinique pertinente doit également s'intéresser à la manière dont la personne bouge.
Observer une posture peut-il quand même être utile ?
Oui.
L'intérêt d'une analyse posturale n'est pas nécessairement de trouver « le défaut » responsable de la douleur.
Elle peut permettre de mieux comprendre comment une personne utilise son corps.
Par exemple, deux personnes présentant une douleur lombaire peuvent avoir des stratégies de mouvement très différentes.
L'une peut limiter certains mouvements par peur de déclencher la douleur. Une autre peut au contraire solliciter excessivement certaines régions.
L'observation permet alors de compléter l'examen clinique et d'orienter certains conseils.
Elle peut également être intéressante chez les sportifs, pour observer les mouvements spécifiques à leur activité.
Posture et lombalgie : attention aux raccourcis
La lombalgie est un bon exemple de la complexité de la relation entre posture et douleur.
Pendant longtemps, certaines approches ont cherché à identifier une posture « idéale » permettant de prévenir la lombalgie.
Les recommandations contemporaines sont beaucoup plus nuancées.
La Haute Autorité de Santé recommande notamment une prise en charge active de la lombalgie, avec maintien ou reprise des activités et exercices adaptés. Elle ne recommande pas de rechercher une posture parfaite comme traitement de la lombalgie commune.
Le mouvement et la capacité à réaliser les activités importantes pour la personne sont donc généralement plus intéressants à considérer qu'une photographie statique de sa posture.
Et le « bassin déséquilibré » ?
C'est une expression fréquemment utilisée dans le domaine de la posture.
Mais elle mérite d'être utilisée avec prudence.
Le corps humain présente naturellement des asymétries. La hauteur des épaules, l'orientation du bassin ou la répartition des appuis peuvent légèrement différer d'un côté à l'autre.
Une asymétrie observée ne signifie pas nécessairement qu'une structure est « déplacée » ou qu'il faut la « remettre en place ».
Elle devient intéressante lorsqu'elle est mise en relation avec les symptômes, la mobilité, la fonction et les objectifs de la personne.
C'est cette mise en perspective qui donne son intérêt à l'examen clinique.
L'analyse posturale en ostéopathie
Dans une consultation d'ostéopathie, l'observation posturale peut constituer un élément parmi d'autres de l'examen clinique.
Elle peut aider à observer :
- les stratégies de mouvement ;
- certaines limitations de mobilité ;
- les adaptations liées à une douleur ;
- les contraintes associées à une activité professionnelle ou sportive ;
- la manière dont le patient répartit ses mouvements et ses appuis.
Mais elle ne doit pas être utilisée isolément pour établir un diagnostic.
L'ostéopathe doit mettre ces observations en relation avec l'histoire du patient, ses symptômes, son activité, ses mouvements et les résultats de l'examen clinique.
La posture devient alors une information parmi d'autres, et non une explication systématique de la douleur.
Peut-on corriger sa posture ?
Tout dépend de ce que l'on entend par « corriger ».
Il n'est généralement pas nécessaire de passer sa journée à essayer de maintenir une posture idéale.
En revanche, certaines modifications peuvent être utiles lorsqu'une posture ou une organisation du travail entraîne une gêne particulière.
Chez une personne travaillant longtemps devant un ordinateur, par exemple, modifier l'organisation du poste, alterner les positions et introduire davantage de mouvement peut être plus pertinent que chercher à maintenir une position parfaitement droite pendant plusieurs heures.
Le mouvement régulier est souvent plus intéressant qu'une posture figée.
Et chez le sportif ?
L'analyse du mouvement peut être particulièrement intéressante chez le sportif.
La question n'est alors pas seulement :
« Quelle est votre posture ? »
mais plutôt :
« Comment votre corps se comporte-t-il lorsque vous réalisez votre activité sportive ? »
Un coureur, un cycliste, un nageur ou un pratiquant de musculation n'utilise pas son corps de la même manière.
L'analyse peut permettre d'identifier certains facteurs qui méritent d'être travaillés : mobilité, force, coordination, technique gestuelle ou capacité à supporter progressivement une charge.
Mais là encore, il faut éviter de transformer une observation en diagnostic causal.
Une différence observée chez un sportif ne signifie pas automatiquement qu'elle est responsable d'une blessure.
Peut-on utiliser une analyse posturale pour prévenir les blessures ?
La réponse est également nuancée.
Certaines caractéristiques biomécaniques peuvent être associées à certaines blessures dans certaines populations, mais identifier un facteur de risque ne signifie pas qu'il permet de prédire individuellement une blessure.
Les blessures sportives sont généralement multifactorielles.
La charge d'entraînement, le niveau de récupération, les antécédents, la force musculaire, le sommeil, l'environnement, la technique et de nombreux autres facteurs peuvent intervenir.
Une analyse posturale ne peut donc pas garantir qu'une personne ne se blessera pas.
L'objectif : comprendre plutôt que corriger
C'est probablement la meilleure manière de concevoir l'analyse posturale.
Il ne s'agit pas de rechercher un corps parfaitement symétrique ou une posture universelle.
Il s'agit plutôt de comprendre comment une personne s'organise, comment elle bouge et comment elle s'adapte à son environnement.
Une posture peut être parfaitement adaptée à une situation et moins confortable dans une autre.
Le rôle du professionnel est alors de déterminer si une modification de mobilité, de mouvement ou d'activité peut être pertinente pour améliorer le confort et la fonction.
À retenir
Une analyse posturale peut apporter des informations intéressantes dans le cadre d'un examen clinique, mais elle ne permet pas à elle seule d'identifier la cause d'une douleur.
Il n'existe pas une posture parfaite valable pour tout le monde.
Les asymétries ne sont pas nécessairement pathologiques et une posture considérée comme « mauvaise » n'entraîne pas systématiquement de douleur.
Les données scientifiques montrent une relation complexe entre posture et troubles musculo-squelettiques.
L'intérêt d'une analyse posturale est donc moins de « corriger » un corps que de mieux comprendre ses stratégies de mouvement et d'adaptation.
Dans cette perspective, l'observation posturale peut constituer un outil complémentaire de l'examen clinique en ostéopathie, à condition de ne pas lui attribuer une valeur diagnostique ou prédictive qu'elle ne possède pas.
Votre posture n'a pas besoin d'être parfaite. Elle doit surtout être suffisamment adaptable pour vous permettre de bouger, travailler, pratiquer votre sport et vivre votre quotidien.
Sources scientifiques et institutionnelles
- Haute Autorité de Santé (HAS) – Prise en charge du patient présentant une lombalgie commune, 2019. (has-sante.fr)
- Systematic review and meta-analysis – Postural characteristics in people with low back pain, 2021. (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
- Systematic review – The relationship between posture and musculoskeletal disorders, notamment cervicalgies et lombalgies. (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
- International Scientific Tendinopathy Symposium Consensus – exemple de l'importance de ne pas réduire les troubles musculo-squelettiques à une seule caractéristique biomécanique. (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)